La biodiversité commence par une mare au jardin

Quiconque possède une mare dans son jardin le sait : l'eau attire la vie. Le plouf d'une grenouille, des libellules qui planent au-dessus de l'eau, des salamandres qui se cachent entre les plantes : autant d'observations qui rendent la nature tangible.

Texte: Reine Driesen En Manuel Lub
Photos :: Kurt Dekeyzer - Studiopsg.Be, Shutterstock.Com

Notre rédaction a récemment assisté à une conférence de Guido Lurquin, expert technique en bassins et piscines naturels. Il a approfondi le rôle des pièces d’eau comme moteur de biodiversité, d'expérience sensorielle et de résilience climatique. Son message est clair : choisir l'eau dans son jardin, c'est choisir l'avenir. Face à la sécheresse, aux pluies intenses et à la disparition des espèces indigènes, notre regard sur le jardin évolue. Ce n’est plus seulement un décor, mais de plus en plus un écosystème vivant et fonctionnel.

L'état de la faune et de la flore aquatiques indigènes est franchement préoccupant. Ces dernières années, des conditions météorologiques extrêmes mettent à rude épreuve les eaux naturelles. 2023 a été extrêmement sec, entraînant l'assèchement de mares et de tourbières. L'année suivante, 2024, a connu des précipitations abondantes, provoquant l'inondation de nombreux biotopes. Et 2025 a de nouveau débuté sous le signe de la sécheresse. Pour de nombreuses espèces, cette alternance est catastrophique. Selon la Liste rouge européenne de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), plus de la moitié des mollusques d'eau douce de nos régions sont menacés, tout comme quarante pour cent des poissons d'eau douce, vingt-trois pour cent des amphibiens et seize pour cent des libellules. Même les plantes aquatiques ne sont pas épargnées : huit pour cent des espèces sont menacées. « La situation de la faune et de la flore aquatiques indigènes est actuellement très préoccupante », confie G. Lurquin. « Une année sèche peut être dramatique, mais une année extrêmement pluvieuse est tout autant problématique. De nombreuses étendues d'eau dépendent trop du niveau de la nappe phréatique. »

Les pièces d’eau ouvrent des perspectives
La clé réside, selon Lurquin, dans la création de bassins artificiels mais écologiquement fonctionnels. Cela peut aller d'un grand bassin de baignade naturel à un simple bac enterré de soixante-dix litres. Un tel petit point d'eau peut apporter une ambiance surprenante, surtout avec quelques plantes aquatiques et de la vie alentour. Donc, pas besoin de grand étang. Ce qui compte, c'est qu'il y ait suffisamment d'eau. « Les bassins n'ont pas besoin d'être grands, mais ils doivent exister. Sans eau, pas de salamandres, pas de libellules, pas d'amphibiens. Chaque point d'eau compte. » Un bassin de jardin peut être équipé d'une étanchéité performante en Éthylène Propylène Diène Monomère (EPDM), un matériau écologique qui dure des dizaines d'années. Il en résulte un plan d'eau indépendant des niveaux fluctuants des eaux naturelles, offrant en permanence des opportunités à la faune et à la flore.

Les plantes au coeur de l’écosystème
Un bassin n'est vraiment précieux que s'il est aménagé majoritairement avec des plantes indigènes. De nombreuses espèces sont devenues rares dans la nature, mais s'avèrent étonnamment faciles à cultiver et peu coûteuses. Citons le jonc fleuri (Butomus umbellatus) avec sa floraison rose pâle de mai à août. La stratiote faux-aloès (Stratiotes aloides), autrefois omniprésente, est aujourd'hui fortement menacée mais biologiquement très intéressante. La gratiole officinale (Gratiola officinalis), quasiment disparue dans la nature, est quant à elle largement disponible dans le commerce. « Avec ces plantes, vous ramenez des espèces menacées dans les jardins », explique Guido Lurquin. « Vous faites progresser la biodiversité et ce sont, en même temps, des éléments décoratifs qui rendent un bassin attrayant. » Un bassin planté contenant peu ou pas de poissons est, selon lui, le plus intéressant sur le plan biologique. En quatre ans, un tel bassin peut devenir un biotope d'exception, riche en espèces et parfaitement équilibré.

Les bassins n'ont pas besoin d'être grands, mais ils doivent exister. Sans eau, pas de salamandres, pas de libellules, pas d'amphibiens. Chaque point d'eau compte.

Les animaux comme ambassadeurs
Les plantes constituent la base, mais les animaux complètent le tableau. Lors de sa conférence, Lurquin a présenté des exemples d'espèces rares susceptibles d'apparaître dans les bassins de jardin. Le grand hydrophile (Hydrophilus piceus), par exemple, un coléoptère impressionnant dont la présence indique un système aquatique sain. Ou le dytique bordé (Dytiscus marginalis), espèce protégée en Belgique. Les amphibiens trouvent également rapidement le chemin d'un bassin de jardin. Le triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) en est un habitué. Les larves de libellules vivent parfois deux ans sous l'eau avant de se métamorphoser en gracieux acrobates de l'air. Leur présence nécessite une eau permanente, propre et non gelée. « Chaque nouvelle espèce qui se manifeste est un indicateur que l'écosystème fonctionne », souligne Lurquin. « Et cela procure en même temps un terrain d’obsevations extraordinaire pour le propriétaire du jardin. »

Du mini au maxi
Les bassins existent en toutes tailles et toutes formes. Les grands bassins plantés offrent de l'espace pour des zones variées et une végétation abondante. Mais un mini-bassin peut être étonnamment riche. Un bac à mortier en polyéthylène de soixante-dix litres, enterré ou semi-enterré, suffit déjà à attirer demoiselles et libellules. « Beaucoup de petits points d'eau valent mieux qu'un seul grand », insiste Lurquin. « Chaque point d'eau développe son propre microclimat et biotope. Ensemble, ils forment un patchwork de biodiversité où les espèces se propagent et se renforcent mutuellement. 

Dans un étang de baignade naturel, vous partagez littéralement l'eau avec la nature », dit Guido Lurquin. « C'est un système où l'homme et l'animal ne s'excluent pas, mais se renforcent mutuellement. 

Les piscines naturelles : nature et détente réunies
Une piscine naturelle est bien plus qu'un simple endroit pour se rafraîchir lors d'une chaude journée d'été ou un bel élément décoratif dans le jardin. Ce type de bassin peut lui aussi évoluer vers un biotope à part entière. La condition est que la zone marécageuse soit suffisamment vaste et offre une variation de profondeur. Les plantes aquatiques ont ainsi toutes les chances de pousser, de filtrer l'eau et de constituer simultanément un habitat pour de nombreux organismes, petits et grands.
Des berges douces et des zones de sortie progressive permettent aux animaux d'entrer et de sortir facilement. Les nénuphars apportent couleur et ombre, tandis que les plantes de berge comme la massette ou l'acore contribuent à la filtration et à la structure. « Dans un étang de baignade naturel, vous partagez littéralement l'eau avec la nature », dit Guido Lurquin. « C'est un système où l'homme et l'animal ne s'excluent pas, mais se renforcent mutuellement. »

L'eau comme outil climatique dans le jardin
Un bassin a également un impact évident sur le microclimat du jardin. L'eau tamponne les températures, prévient les pics de chaleur extrêmes et retient l'humidité plus longtemps. Notamment lors des étés caniculaires, un bassin offre une fraîcheur bienvenue. Un bassin (de baignade) s'inscrit ainsi parfaitement dans le récit plus large des jardins et paysages résilients face au changement climatique. Ils contribuent à atténuer le stress thermique, captent les eaux de pluie et apportent simultanément davantage de biodiversité et d'expérience sensorielle dans le jardin.

Une expérience pour tous
Mais le plus grand atout des bassins est peut-être l'expérience qu'ils procurent. Un bassin rend un jardin dynamique. Il se passe toujours quelque chose : des larves de libellules qui rampent hors de l'eau, une grenouille qui se fait entendre, des oiseaux qui viennent s'abreuver. L'eau attire également des mammifères, des hérissons aux chauves-souris. « Un jardin avec un bassin vit toujours », raconte Lurquin. « Il y a du mouvement, des sons, des couleurs. Vous rapprochez littéralement la nature de vous. »

L'eau, une artère vitale
Lurquin conclut par un appel clair : « Optez pour un bassin ou de petits points d'eau partout où c'est possible. Ils font revenir des plantes menacées, offrent un habitat aux animaux et rendent le jardin plus agréable pour l'être humain. L'eau est l'artère vitale de la biodiversité et de l'expérience du jardin. »